hôzuki


Feet, Lucy Dixon # Books Love & Music
- Il a un autre fardeau que personne ne peut effacer.

- Pardon ?

- Il faudra vérifier avec un médecin. À mon avis, il est peut-être handicapé.

- Handicapé ? Comment cela ?

- Je crois qu'il est sourd.

Je ne réagis pas malgré cette mauvaise nouvelle. En berçant toujours le bébé, la dame chantonnait d'une voix basse :

"Hôzuki, hôzuki, l'amour en cage.
Orange comme le lis tigré,
Éclatant comme le soleil. 
Quelle joie ! tu es ma lumière !"

Je n'avais jamais entendu cette chanson.

- C'est une berceuse ?

- Oui. Je viens de l'inventer.

Elle répéta la berceuse. Je suppliai de nouveau : 

- Madame, s'il vous plaît, donnez-moi une attestation d'accouchement.

Elle s'arrêta et me fixa :

Vous êtes vraiment décidée ?

Je fis oui de la tête. Elle dit :

Vous avez encore un peu de temps avant la date limite pour l'enregistrement. Revenez dans trois jours.




Hôzuki, Aki Shimazaki (Actes Sud) - Merveilleuse lecture... Un bel exemple d'hybridation heureuse. Je vous en dit plus bientôt. Difficile de ne pas lire Azumi, maintenant. L'écriture de Aki Shimazaki est addictive. Et Azumi est le premier roman d'un cycle démarré en 2015 et dont Hôzuki fait partie.

amours transversales

    New York avec toi, Téléphone # Books Love & Music

Nombreux autour de lui étaient les hommes de quarante ans quittant leur femme pour une autre plus jeune de dix ans. Cette façon de fuir le vieillissement, de se régénérer en se mirant dans les yeux de la jeunesse, lui inspirait du mépris. Il avait épousé Myriam pour vieillir avec elle. Il aimait la maturation de son visage et de son corps, tous ces petits signes physiques témoignant de la durée de leur amour comme les cercles concentriques dans la coupe d'un vénérable chêne. Il ne voulait même pas qu'elle fasse un lifting ou efface ses rides au laser comme toutes les femmes de sa profession. Son visage qui vieillissait naturellement était beaucoup plus beau. Il avait réussi à convaincre Myriam en découpant pour elle un article d'un journal anglais, où l'on disait que les pratiques répandues de chirurgie esthétique avaient tant diminué l'expressivité visuelle (rendant impossible, par exemple, un froncement de sourcils) qu'un visage d'actrice qui n'avait pas été artificiellement rajeuni devenait de plus en plus précieux.


Qui parlait de divorce ? Ne pouvait-il simplement avoir avec Camille une aventure légère ? Trois jours à Francfort et on n'en parlait plus ?

Il ne se faisait pas d'illusion : ce serait un début, pas une fin. Camille lui donnait envie d'aimer.




Amours transversales, Catherine Cusset - Construit de manière originale, un roman en quatre nouvelles, histoires de désir. Myriam, apprentie actrice est larguée par son petit ami, se requinque l'ego dans le lit d'un italien performant ; Xavier, chirurgien marié à Myriam actrice toute à sa pièce de théâtre, est attiré par la jeune et jolie Camille, artiste peintre ; Myriam profite d'un tournage de cinéma à l'étranger, la veille de ses 40 ans, pour vivre un fantasme ancien ; Camille vit à New York, elle est l'épouse d'un bel et riche homme d'affaires, il l'emmène en voyage au Mexique, il travaille elle s'ennuie il fait chaud elle a envie, et le garçon de piscine rêve d'Amérique.

photo de groupe au bord du fleuve

Solid As A Rock, The Ethiopians # Books Love & Music
"Puisque nous sommes organisées maintenant, je propose que, jusqu'à la fin de notre mouvement, nous partagions toutes notre nourriture." C'est Mama Moyalo qui parle, "Demain, que chacune apporte ce qu'elle peut, des fruits, de la viande, du poisson, tout ce que l'estomac peut accepter et nous mangerons ensemble. Que celles qui n'auront rien trouvé ne se gênent pas, elles peuvent apporter de l'eau à boire que nous partagerons toutes." Les "Oui", les "Très bonne idée", les "Je suis cent pour cent d'accord" fusent de partout. Tu trouves toi aussi que l'idée est très bonne.

Enfin chacune retourne à son tas de pierres invendu, range ses choses comme elle le fait d'habitude avant de prendre le chemin de son gîte avec le vague pressentiment que demain sera peut-être un jour différent, un jour qui ne s'était jamais levé auparavant.



Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel DONGALA (Actes Sud / Babel) - lecture en cours

et bam ! bang! (peindre, pêcher & laisser mourir/the painter)

I Hope That I Don't Fall In Love With You, Tom Waits Books Love & Music


Her hand stirred, woke up. Crept stealthily up under the loose leg of the shorts, worked inward, found me. I don't wear underwear unless it's like some formal event.
My dick was as surprised as I was. Kind of embarrassed. She brushed it with the curled backs of her fingers then pounced. Squeezed and tapped. Amazing how fast an embarrassed cock, one with ethics, social sensibilities and all sorts of reasons to just stay home, amazing how fast it can forget everything and plunge for the prize at a hundred miles an hour. Must be how a venerable, canny trout feels when it triggers on an elk hair caddis - somewhere in its pea brain it knows, knows, this is probably not a good idea, but Fuck it. Also, she was- what? Ten years older than Alce would be, but still, she was young. I shuddered. She- It wasn't right. Any of it.

"Uhh," I said.


"I want you to see me naked. No painting. A person seeing another person."


"Uhh," I said. "I haven't had much luck lately."

"You don't need luck, dummy. I just want you to look at me. C'mere."


She gave the head one more friendly squeeze and took my hand and led me through the screen door into the bedroom.





revue de presse
 The Painter, Peter Heller / PEINDRE, PÊCHER & LAISSER MOURIR, trad. de l'américain par Céline Leroy, pour les éditions Actes Sud. Roman d'évasion. Issu d'une famille de bûcherons, Jim Stegner est un peintre coté, pêcheur de poissons, et justicier ardent. Vue d'ici, histoire assez improbable, servie par une écriture magnétique, très joliment traduite. 
Peter Hellers' writing is sexy. Beautifully translated into French by Céline Leroy.


plus d'infos LÀ more info HERE

Sa main a remué, s'est réveillée. S'est faufilée furtivement sous la jambe ample du short, s'est frayé un chemin, m'a trouvé moi. Je ne porte pas de sous-vêtements à moins d'une occasion formelle.

Ma queue était aussi surprise que moi. Un peu  gênée.  Sofia l'a effleurée du revers de la main avant de s'engager. Elle a serré, donné de petites tapes. C'est fascinant, vraiment 
fascinant de voir combien une queue gênée, avec une éthique, des sensibilités sociales et toutes sortes de raisons de rester chez elle, peut tout oublier d'un coup et se précipiter vers le gros lot à cent mille à l'heure. C'est ce que doit ressentir une  truite noble et futée quand elle gobe une mouche en  poils d'élan - quelque part dans son cerveau gros comme un petit pois, elle sait, elle sait, que ce n'est sans doute pas une bonne idée, mais tant pis. Et bam ! Sans parler que Sofia avait... quoi ? Dix ans de plus que l'âge d'Alce si elle avait été vivante, mais quand même, ça faisait jeune. J'ai frissonné. Elle... ce n'était pas bien. Rien de tout ça ne l'était.

"Hum," ai-je dit.

"Je veux que tu me voies nue. Sans tableau. Un être humain qui regarde un autre être  humain."

"Hum. Je n'ai pas eu beaucoup de chance ces derniers temps." 

"Tu n'as pas besoin de chance, idiot. Je veux juste que tu me regardes. Viens là."

Elle a donné une pression supplémentaire au gland, puis m'a pris par la main et m'a conduit dans la chambre.

continuer



Heroes, Bowie # Books Love & Music
Samuel regardait sa mère avec étonnement, en silence, parce qu'il pensait qu'aujourd'hui ou demain, se répétait-il, en rentrant de l'école ou d'ailleurs, il la trouverait effondrée devant la télé, la télécommande à la main, ou sur son lit allongée avec un livre ou un magazine, ou affalée, le dos à moitié cassé sur une chaise de la cuisine, en train de boire une bière devant un cendrier plein, en robe de chambre, pâle, défaite, qui finirait par lui dire d'une voix lasse que bon, finalement, elle n'en avait rien à foutre et qu'il pouvait aller se faire pendre.

Mais non. Ce n'était pas arrivé. Chaque jour, au contraire, il l'avait trouvée plus forte, plus déterminée. Et même s'il ne faisait rien pour l'empêcher d'avancer, il s'étonnait chaque jour davantage - le jour où elle s'était fait couper les cheveux très court ; le jour où il pensait qu'elle reviendrait bouleversée et désespérée parce qu'elle allait en Bourgogne signer la promesse de vente de cette maison familiale à laquelle elle tenait tant et d'où elle était revenue grave, mais heureuse et presque rayonnante ; le jour encore où, les billets d'avion en main, elle avait déballé dans le salon tout le matériel, les sacs qu'on aurait, les fringues, tout. C'est comme si quelque part il n'y avait pas cru, comme si tout ça lui paraissait impossible. Et alors il remettait chaque jour le projet de sa fugue, comme s'il était hypnotisé par l'énergie de sa mère, hypnotisé ou tellement incrédule qu'il voulait voir le moment où elle finirait par s'effondrer, par abandonner, par céder. Sauf qu'un matin, Sibylle était venue le chercher dans sa chambre. Elle avait ouvert le volet de la fenêtre en grand. Une bourrasque d'un air presque froid avait balayé la chambre. Il s'était réveillé, avait regardé sa mère, souriante, presque belle, déjà prête. Elle avait dit d'un ton étonnamment joyeux : 

Samuel, tu n'as pas oublié, non ? Alors prépare tes affaires, cette fois ça y est, on part dans deux heures.



Continuer, Laurent Mauvignier aux Éditions de Minuit, 2016 - Une mère divorcée et femme déprimée va chercher son ado mal dans sa peau au commissariat, lui et ses copains ont déconné la nuit d'avant. C'est le déclic. Elle vend la maison héritée de ses parents, pose un congé sans soldes, convainc tous les concernés de l'intérêt du projet pédagogique, trois mois à sillonner le Kirghizistan à cheval, fils et mère. Et l'ex- le père, tout à sa nouvelle maîtresse, laisse filer.

Huis clos dans un décor de grands espaces. Une phrase qui avance qui avance qui avance. Et construction qui invite le lecteur à, tour à tour, se glisser dans la tête de la mère, du fils, de l'ex- et père, et comprendre qui et pourquoi et comment, la complexité de chacun et des relations.